PIERRE GAUTHIER-DUBÉDAT

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         Extrait de la monographie Pierre Gauthier-Dubédat

 

 

        L’oeuvre de Pierre Gauthier-Dubédat est profondément originale. (…) Bien qu’il ait eu des affinités électives avec nombre de ses camarades d’ateliers, qu’il ait formé une communauté autour de sa maison d’édition madrilène, il n’a jamais fait partie d’un mouvement. Très vite, son style s’est affranchi des pratiques de l’Ecole des Beaux-Arts, car il déteste se sentir enfermé dans ses certitudes. (…)

Sa thématique, dès sa période parisienne, aborde le rapport de l’homme au monde, sans complaisance et sans joliesse. Plus tard l’iconographie devenue géologique, voire tellurique, tente de concilier selon ses propres termes le réel, la mémoire et l’imaginaire. Son ambition de mettre à jour ce qu’il pressent doit passer par les moyens plastiques qui induisent la suggestion plutôt que la description. 

 

L’ensemble de son œuvre, gravure et peinture, est difficilement classable : sa démarche est proche de celle des peintres de l’abstraction lyrique ou du « paysagisme abstrait », néanmoins il récuse la qualificatif d’abstrait, faisant surtout référence à l’abstraction géométrique : « Marginaliser l’affectif, c’est mutiler l’intelligence du monde, c’est aller à l’encontre de l’élan créateur. Pour moi, l’abstraction, c’est l’affirmation du langage propre des couleurs, des formes, des lignes, mais sans refus de l’objet observé, une sorte de synthèse qui s’opère dans l’esprit entre l’objet et l’idée. A la naissance de l’œuvre, je pars d’une abstraction, la vision première est une vision faite de formes remémorées, puisées dans la vie, et de formes réinventées, mais aussi d’éléments puisés dans le répertoire géométrique. »

 

Ce terme de synthèse plusieurs fois employé par Pierre Gauthier-Dubédat peut donner une clé d’une peinture que tous les critiques ont trouvé belle et émouvante, mais qui garde une part de mystère, tantôt séduisante, tantôt dure et refermée sur elle-même. Cela tient à l’ambition de son propos, à la dimension méditative et spirituelle qui sous-entend son œuvre : il souhaite atteindre le monde invisible, celui des émotions et des sensations, le domaine de l’absolu par des moyens purement picturaux, rejoignant la quête de nombre d’artistes et parfaitement formulée par Kandinsky dans Du spirituel dans l’art. Pour ce faire, il appartient à l’artiste de mettre en œuvre le jeu des formes et des couleurs qui ouvrent des potentialités infinies.

 

        Après un long apprentissage dû à sa vocation précoce, Pierre Gauthier-Dubédat a été amené à rejeter une peinture facile et décorative et à pratiquer des expressions plastiques qui sont plus qu’un métier ou un gagne-peint. Il ne peint pas pour multiplier les expositions ni pour vendre à tout prix, mais pour exister, car selon ses mots abrupts : « Pour moi, ne pas peindre, c’est ne pas vivre. » Il peint toujours debout, face à la toile, s’assied un peu plus loin pour prendre du recul et réfléchir, car il ne s’agit jamais de se laisser emporter par l’automatisme gestuel et l’ivresse de la couleur. La toile vierge est pour lui une métaphore de l’inatteignable.

Pierre Gauthier-Dubédat appartient à la race des peintres que le Père Couturier nommait : « les insatisfaits obstinés. »

 

 

Michèle Heng

Docteur en Histoire de l'Art

Spécialiste d'Art Contemporain

Maître de Conférence à l'Université de Toulouse Le Mirail

 

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